DR CLAUDE GEGOUT* - RHUMATOLOGUE, EPINAL - LAUREAT DE L'ACADEMIE DE MEDECINE
En médecine, on est parfois confronté à une symptomatologie subjective que l’on ne comprend pas, touchant divers systèmes ou appareils sans lien apparent entre les symptômes, et laissant penser qu’il vaudrait mieux faire appel à un psychiatre ! C’est en particulier le cas du syndrome cervical supérieur (SCS), une entité clinique encore mal connue, qui associe des vertiges, de l’asthénie, des troubles cognitifs et d’autres symptômes non spécifiques1. Ces symptômes sont souvent négligés, car non exprimés spontanément par le patient, ce qui peut conduire à une errance diagnostique. Il faut les rechercher par un interrogatoire attentif et minutieux, à l’écoute, y compris des anecdotes évocatrices.
Le terme de SCS a été choisi2 parce que nous avons démontré que l’ensemble de la symptomatologie provenait d’un dysfonctionnement de la charnière cervico occipitale, ayant fait l’objet d’une publication précédente3.
Dans le SCS, les symptômes sont tous présents à des degrés divers, et ils seront quantifiés et intégrés dans un score global. Les symptômes, bien que disparates, sont tous liés dans le SCS, puisqu’ils seront simultanément améliorés par une seule méthode thérapeutique manuelle inédite, appliquée à la première vertèbre cervicale (échec des traitements médicamenteux et kinésithérapiques conventionnels).
Il s’agit d’un syndrome dont le diagnostic est uniquement clinique, reposant sur un interrogatoire bien conduit, complété par un examen clinique codifié, qui mettra en évidence une symptomatologie sensitivomotrice hémi-corporelle par le moyen de 5 tests, retrouvés tous positifs3 :
- Romberg (tendance D ou G)
- Troubles sensitifs hémi-corporels
- FMV (Force Motrice Volontaire) déficitaire pour un
- hémicorps D ou G
- Troubles réflexes
- Test de provocation des vertiges (extension/rotation du RC)
Signalons que ce SCS n’est associé à aucune anomalie spécifique visible sur l’imagerie médicale.
Le SCS, lorsqu’il perdure, finit par entamer la qualité de vie, compte tenu d’un mal-être permanent qui altère la vie quotidienne et sociale, pouvant conduire à une véritable invalidité avec parfois des idées suicidaires (20 à 30 % des cas). C’est pourquoi il est souhaitable de bien connaître ce syndrome pour en faire le diagnostic et le traiter tôt.
L'origine de ce syndrome est d’ordre mécanique comportant habituellement un ou plusieurs traumatismes à rechercher dans le passé, même lointain, du patient, ou encore un trouble postural.
L’objectif de cet article est de relater de façon descriptive le contenu de l’interrogatoire concernant les étiologies et les symptômes ressentis par le patient dans le SCS et de proposer un score évaluant l'intensité de la souffrance du patient.
CIRCONSTANCES ÉTIOLOGIQUES DU SCS
Le SCS touche 4 fois plus les femmes que les hommes : une fragilité ligamentaire ou une faiblesse musculaire pourrait être un facteur favorisant ce syndrome. Tous les âges sont concernés, y compris de jeunes enfants.
En général, un TRAUMATISME est à l’origine de cette pathologie, surtout lorsqu’il implique la tête et/ou le cou ; peu importe son intensité : forte, moyenne, légère. Les accidents de la voie publique (voiture, 2 roues, trottinette…), les chutes ou les chocs reçus sont les plus fréquents. De même, les microtraumatismes répétés ou encore les mouvements forcés et répétitifs sont pourvoyeurs de SCS : certains sports, roulades ratées, manèges à sensations fortes, voitures auto-tamponneuses foraines, gestuelle professionnelle excessive, travaux domestiques contraignants... C’est aussi le cas
pour un surentraînement (militaires, pompiers, gendarmes, sportifs de haut niveau…). Parfois le SCS survient au décours d’un mouvement brusque, inattendu ou mal maîtrisé.
D’autres fois, le SCS résultera du cumul de plusieurs accidents plus ou moins violents, parfois très éloignés les uns des autres ; le dernier accident est souvent le plus léger, au risque de l’oublier ; pourtant c’est lui qui déclenchera le SCS (seuil de provocation des vertiges atteint – problème médico-légal délicat d’imputabilité).
De façon surprenante, la latence entre le traumatisme (le plus sévère, s’ils sont multiples) et l’apparition du SCS peut parfois être très longue, atteignant jusqu'à 10 ans ou plus.
Dans d’autres cas, le responsable, assimilé à un traumatisme, est en fait un trouble postural à répétition, comme le dormir à plat ventre (mauvaise position de sommeil en procubitus ventral avec rotation forcée du cou), ou encore s’endormir assis avec chute brutale de la tête en avant, etc.
Citons aussi les chirurgies du cou ou ORL (mauvaises positions prolongées du cou), le brancardage, sous anesthésie, avec une tête non maintenue qui chute brutalement lors des transferts du patient, les marches arrière prolongées à répétition en voiture, les créneaux difficiles (rotations cervicales forcées). Plus subtil est le port d’un sac lourd sur une seule épaule (traction permanente du muscle élévateur de l’omoplate qui s’insère, entre autres, sur C1).
Plus méconnues sont les étiologies d’origine maxillodentaires. Les ATM peuvent être mises en cause lorsqu’elles occasionnent une mal-occlusion avec boiterie des mâchoires. Enfin il ne faut pas négliger le rôle du stress et des contractures musculaires qui en découlent, ni l’hyperlaxité ligamentaire…
Outre ces cas, il ne faut pas oublier les conséquences des violences conjugales et familiales (enfants battus ou secoués).
SYMPTÔMES DU SCS
Les symptômes rencontrés dans le SCS, nombreux et habituellement tous présents à des degrés divers, sont ici décrits de manière détaillée.
VERTIGES
Le vertige, dans le langage français, est un terme général qui englobe, d’une part, la notion d’un mouvement rotatoire ressenti au niveau de la tête ou du corps et, d’autre part, la sensation d’une instabilité, d’un déséquilibre ou d’un déplacement incontrôlé du corps. Alors que les vertiges rotatoires tirent principalement leur origine de troubles de la fonction vestibulaire, détectables par des examens complémentaires ORL, les vertiges rencontrés dans le SCS sont principalement des troubles perçus de l’équilibre corporel.
Dans le SCS, le vertige est toujours présent, même si son caractère est très variable d’un sujet à l’autre : occasionnel ou permanent. Il s’agit le plus souvent d’instabilités ou d’épisodes de déséquilibre à répétition, invalidants. Dans ce dernier cas, le déplacement perçu peut être vers la droite, la gauche ou faiblement rotatoire, exceptionnellement vertical : le patient a l’impression que son pied s’enfonce dans le sol.
Le patient peut se décrire « comme sur un bateau ivre », « embrumé », « dans un brouillard », « avec la tête comme dans du coton », etc. Ces symptômes s’associent parfois à des nausées persistantes sans vomissement. D’autres présentent de véritables malaises répétés, de type lipothymique, parfois avec chutes, sans étiologie décelable. Dans d’autres cas, on observe une marche en zigzag, de type ébrieux, ou une nette latéropulsion amenant le patient à pousser la personne qui lui donne le bras pendant la marche.
Les vertiges cervicaux sont de durée variable, de quelques secondes ou minutes pour la plupart à quelques heures, voire permanents pour d’autres. Citons le cas d’une patiente de 50 ans, victime d’un accident de voiture qui a engendré une sévère entorse cervicale (collier cervical pendant un an) avec vertiges quotidiens. Les écarts pendant la marche étaient parfois violents, au point que son compagnon la surveillait et souvent la rattrapait par le col de la chemise. Malgré un suivi en CHU, les divers traitements réalisés avaient échoué. Ces vertiges avaient provoqué plus récemment une chute dans des escaliers en pierre, avec fracture de 2 corps vertébraux (cimentoplastie). À l’âge de 80 ans, le SCS a été diagnostiqué avec 30 ans de retard ! La patiente a été guérie définitivement de ses vertiges avec un recul de plusieurs années.
Le départ ou l’arrêt des vertiges est fréquemment brutal, parfois « à l’emporte-pièce ». Les vertiges peuvent être aussi permanents du lever au coucher. Dans certains cas, c’est une circonstance particulière qui déclenche le vertige : un mouvement stéréotypé précis, un changement de position du corps, de la tête ou des bras.
On citera :
- Le lever rapide d’un siège ou d’un lit
- Le pencher en avant… pour ramasser un objet à terre par exemple
- La pratique de certains sports ou travaux (gestes répétitifs…)
- L’observation prolongée d’un objet tête en l’air (extension prolongée du RC)
- L’hyper extension du cou chez le dentiste ou le coiffeur
- Le fait d’étendre du linge, bras levés, tête en extension,etc.
La périodicité présente une grande disparité, intermittente ou permanente, ou limitée à quelques périodes dans l’année (mois ou semaines).
L’intensité est aussi variable : légère, moyenne ou sévère, contraignant alors le sujet à rester parfois debout en s’appuyant sur un support comme un mur, à s’asseoir voire à s’allonger.
Les vertiges liés à des troubles vestibulaires, à la différence des vertiges du SCS, sont typiquement rotatoires et initialement violents, puis s’améliorent souvent par des compensations cérébrales. Dans le vertige cervical, seul le traitement manuel appliqué au rachis cervical haut est
efficace, suggérant une absence de tout mécanisme compensatoire d’origine cérébrale. On notera que les vertiges cervicaux peuvent coexister avec des vertiges d’origine vestibulaire, comme les vertiges positionnels paroxystiques bénins (VPPB) liés à un trouble otolithique, et dont les examens et les traitements sont spécifiques. Ces différents vertiges devront être traités séparément.
L’arthrose cervicale basse (C5–C6), fréquente, et l’arthrose cervicale haute (C0–C1 et atlas), exceptionnelle, ne provoquent jamais de vertige. Le canal cervical étroit crée plutôt des douleurs locales, et sur les trajets radiculaires.
Ainsi ces vertiges cervicaux ont une expression variée d’un patient à l’autre, et sont à rechercher attentivement. Notre traitement les fera disparaître.
N.B. Nous avons étudié, chez 22 patients, les troubles de l’équilibre, confirmés par une étude posturale (plateforme Equitest). La comparaison des résultats avant le soin et immédiatement après celui-ci est étonnamment favorable. Cette analyse fera l’objet d’une prochaine publication.
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CERVICALGIES
Dans ce syndrome, les cervicalgies, toujours présentes, sont plutôt communes, et sans caractéristique propre ou particularité. Leur localisation est habituellement située sur la partie haute de la nuque. Elles peuvent irradier au scapulum ou à la tête (occiput ++). La mobilisation du cou se réalise selon 6 axes ou directions (rotations, latéroflexion D et G, flexion/extension) dont les amplitudes sont souvent réduites, parce que douloureuses. L’intensité de la douleur provoquée (cotation de 0 à 3 pour chacun des 6 mouvements) est reportée sur le schéma en étoile de Maigne-Lesage3. Le total crée un indice de mobilité (maximum de 18) qui devra se réduire au fil du traitement.
Les 7 vertèbres cervicales (charnière cervico-occipitale incluse) peuvent être source de cervicalgies. L’arthrose cervicale haute est rare ; en revanche l’arthrose C5-C6, très fréquente, peut ajouter un supplément de douleurs cervicales, voire créer des irradiations aux membres supérieurs, sans toutefois appartenir au SCS.
CÉPHALÉES
Les céphalées, quasiment toujours présentes, sont d’intensité très variable. Lorsque les douleurs sont fortes, permanentes et intolérables, on a pu observer certains patients traités par morphine sans aucun effet sur la douleur, ce qui ne surprend pas s'agissant d'un problème mécanique.
Leur description, voire leur localisation, diffère d’un sujet à l’autre : « on est serré comme dans un étau » le plus souvent, douleur térébrante parfois, ou encore d’allure migraineuse...
Lorsque C2 et C3 sont aussi impliquées, on aura des irradiations en casque ou hémi-casque selon le trajet du nerf d’Arnold.
La douleur peut concerner la région orbitaire ou encore temporale ; parfois même elle intéresse la tête dans sa globalité.
La durée et la périodicité varient d’un patient à l’autre.
SYNDROME D’ATLAS
Ce n’est pas une douleur, mais une pesanteur.
Il est décrit par les patients comme la sensation d’une tête très lourde, avec l’impression qu’elle est mal ajustée, comme si le condyle occipital, avec sa proéminence osseuse, n’était pas bien calé ou positionné dans la cavité articulaire supérieure de l’Atlas, creuse comme une huître.
Le patient dit que sa tête est parfois si lourde à porter (« impression qu’elle pourrait tomber »), qu’il est amené à mettre souvent sa main sous le menton pour la soutenir ou compenser son instabilité ; cette attitude se voit lors d’une lecture en position assise, à l’occasion d’une réunion, d’un cours…
Ce symptôme, caractéristique du SCS, a beaucoup de valeur. Cependant le praticien n’est pas habitué à questionner sur cette lourdeur. Les patients n’ont pas pris conscience de ce signe, et ils ne l’expriment jamais. Le praticien devra s’assurer de la présence ou de l’absence de ce signe essentiel au diagnostic.
Dans la mythologie grecque, l’image classique du géant Atlas, portant le globe terrestre sur sa nuque, illustre bien ce symptôme.
OEIL : FLOU VISUEL - PHOTOPHOBIE
La qualité de la vision est souvent altérée. Le patient se plaint volontiers de flou visuel fluctuant, c’est-à-dire intermittent et passager lors de la fixation des personnes, des objets ou des paysages. Il a l’impression de voir à travers une vitre sale, ou comme s’il y avait un brouillard léger. Cette constatation est caractéristique du syndrome (dysfonction de l'accommodation ?).
La lecture peut être perturbée par une perception trouble de certaines lettres, voire de lignes qui ont tendance à onduler, se chevaucher ou se dédoubler. Parfois, il s’agit d’une véritable diplopie.
Le sujet se plaint souvent d’un éblouissement douloureux en présence d’une lumière vive : photophobie. Exemples : phares de voiture la nuit, luminosité excessive d’un lieu, réverbération solaire sur un support miroitant.
Ces perturbations obligent parfois les patients à porter des lunettes de soleil en permanence depuis le traumatisme. Signalons l’exemple de cette femme, qui arrivée chez elle, éteignait rapidement les lumières trop vives, privilégiant les lumières d’ambiance, plus douces et moins agressives.
L’ophtalmologiste consulté ne détecte aucune lésion de l’appareil oculaire pour expliquer cette gêne. Rappelons qu’il y a 2 yeux pour une seule image. Ces troubles sont bien en rapport avec un dérèglement fonctionnel créé par le SCS, puisqu’ils sont réversibles grâce au traitement manuel spécifique des cervicales hautes.
Plus rarement, nous avons noté des phosphènes avec taches lumineuses, étoiles ou myodesopsies (mouches volantes).
ORL : HYPERACOUSIE - PHONOPHOBIE
Les signes de la sphère ORL sont dominés par l’hyperacousie (c’est-à-dire une intolérance à certains sons dont la perception devient anormalement douloureuse). L’excès de bruit (ou le brouhaha) n’est plus supporté par ces patients qui préfèrent fuir les réunions bruyantes (familiales, professionnelles, loisirs), la sonorité excessive des supermarchés et des fêtes foraines. Cette exacerbation de l’ouïe est ressentie par le sujet comme une agression.
Rappelons le cas de cette adolescente de 14 ans, renversée par une voiture : elle fuyait les réunions de famille pour se réfugier dans sa chambre, malgré les appels insistants de sa tante, car le partage familial est primordial dans la communauté maghrébine. Elle souffrait d'une hyperacousie sans le savoir, ce qui l'obligeait à s'isoler.
La photophobie, couplée à l’hyperacousie, peut entraîner des troubles du comportement mal contrôlés et absents avant le traumatisme : par exemple, réactions violentes contre l’entourage ; à l’occasion de jeux bruyants des enfants, ou lorsque que le niveau sonore habituel de la télévision ou de la radio n'est plus toléré par le malade qui le perçoit comme excessif et agressif.
Parfois le traitement par manipulation des cervicales hautes améliore l’audition de quelques décibels. Cela est une constatation faite par un confrère ORL qui effectuait des contrôles systématiques après notre traitement manuel. Cette remarque n’a pas fait l’objet d’une étude spécifique (Rappelons que la sphère ORL se développe à partir du somite C3).
Fréquemment, certains patients décrivent une sensation d’oreille bouchée. D’autres parlent de douleurs passagères d’oreille.
Plus rarement, ils présentent des acouphènes, qui concernent plutôt l’oreille interne et ne font pas partie du syndrome. On notera cependant que des acouphènes apparus après le traumatisme ont disparu suite à notre traitement spécifique, mais cela reste exceptionnel.
Tous ces symptômes fonctionnels ophtalmologiques et ORL sont réversibles après traitement.
SNV : TROUBLES NEURO-VÉGÉTATIFS
Ce sont des flush ou bouffées de chaleur en dehors de tout contexte (ménopause, thyroïde, diabète…).
La sudation exagérée, fréquemment soudaine, sans étiologie retrouvée, peut survenir chez des sujets qui n’ont jamais souffert de ces problèmes avant le traumatisme. On a pu noter parfois une sudation unilatérale, dans une aisselle, comme le signalait un ancien des commandos militaires. Cela confirme bien l’atteinte hémicorporelle du syndrome.
Les nausées sont fréquentes, sans jamais aller jusqu’au vomissement, ni entraîner une gêne importante dans la vie quotidienne : il ne faut néanmoins pas les négliger.
Plus rarement, des troubles neuro-circulatoires sont signalés par le patient comme des sensations de chaud ou de froid dans certains territoires du corps.
Lors de nos manipulations des vertèbres cervicales, il n’est pas rare que le patient décrive l’apparition d’une sensation de chaleur dans le territoire libéré, accompagnée parfois de rougeur (réactions neurovégétatives).
D’autres fois, lors de la manipulation de la charnière cervico-occipitale, on voit apparaître de façon homolatérale (sur le thorax ou sur la cuisse) une horripilation qui peut aller jusqu’à la création d’une véritable « chair de poule locale » (action du parasympathique sur le muscle érecteur du poil).
On peut signaler que certains patients, après leur traumatisme, présentent des malaises vagaux à répétition, qui peuvent aller jusqu’à la drop-attack. Ces états très particuliers sont réversibles grâce au traitement (après avoir pris la précaution de faire les examens complémentaires nécessaires). Il en est de même lorsque le test d’extension/rotation du rachis cervical provoque de telles réactions.
ASTHÉNIE
L’asthénie générale est toujours présente dans ce syndrome. Elle est parfois considérable. Son installation est rapide, dans les jours qui suivent le traumatisme, sans explication rationnelle. Elle ne correspond pas à des structures anatomiques précises.
Il n’y a pas de récupération possible, malgré un sommeil prolongé. La correction d’un déficit en vitamine D ne supprime pas cette fatigue chronique qui apparaît dès le lever, jusqu’au coucher. Elle est permanente et très invalidante. Les tâches, qui par le passé étaient banales, deviennent de lourds fardeaux. À la longue, cette fatigue chronique peut conduire à un épuisement, ou encore induire des idées « sombres », voire suicidaires.
LA FAIBLESSE MUSCULAIRE
Ce syndrome engendre une faiblesse musculaire unilatérale qui touche tout un HEMICORPS (tête, MS, MI). Par abus de langage, on pourrait parler d’« asthénie musculaire » unilatérale.
Cette « asthénie musculaire » s’exprime différemment selon la localisation :
- Au membre supérieur : C’est le cas de la ménagère qui laisse souvent tomber de la vaisselle « avec perte et fracas » et se croit malhabile ! Le sujet éprouve des difficultés à maintenir, bras tendus, des objets lourds (casserole pleine, outils pesants…) qui, sans l’aide de l’autre main, lui échapperaient pour tomber au sol.
- Au membre inférieur : Cette fatigabilité d’un membre inférieur amènera à trébucher facilement, buter dans un trottoir, un tapis, ou encore réaliser une marche instable (force motrice asymétrique des 2 MI !). Parfois ce manque de force (en l’absence d’inégalité des membres inférieurs) s’exprime par un pied en rotation externe, pour s’assurer d’une meilleure stabilité et éviter les chutes. C’est l’exemple de ce patient qui a consulté pour un problème de genou défaillant avec bilan normal. En réalité, il s’agissait d’un SCS avec sévère faiblesse musculaire unilatérale de tout son membre inférieur avec un genou qui lâche lors de la marche, et non pas d’une lésion de cette articulation.
- Au rachis cervical : Exceptionnellement, lorsque l’atteinte est très sévère, nous pouvons constater que la tête a tendance à tomber sur l’épaule ou le scapulum. Le sujet a des difficultés considérables pour maintenir longtemps la tête en position droite. C’est ce dont j’ai été témoin avec l’exemple que j’appellerai l’enfant d’Almeria (Espagne). Celui-ci avait reçu une gifle violente de son père, et sa tête avait heurté brutalement un radiateur. Depuis, il était resté dans cette position de tête inclinée latéralement sur l’épaule avec quasi impossibilité de la relever et surtout de la maintenir droite.
J’ai retrouvé ce phénomène dans un cas récent : un homme adulte a chuté dans un trou profond alors qu’il était en conversation avec une personne qui se trouvait derrière lui (tête tournée vers l’arrière). Il avait les mêmes difficultés que « l’enfant d’Alméria » à maintenir sa tête en position droite. Lorsque l’atteinte est moins sévère, le patient ressent le besoin de maintenir sa tête avec une main sous le menton lors de la station assise prolongée. Lorsque cette faiblesse musculaire du cou et de la tête s’associe à un syndrome d’Atlas, la situation peut devenir très délicate.
TROUBLES COGNITIFS
Ces troubles concernent principalement la mémoire immédiate, la concentration et l’attention.
1) Mémoire immédiate
Ces troubles sont toujours présents, mais à des degrés divers, et le patient n’en a pas toujours conscience. Il faudra attentivement les rechercher, car il s’agit d’une caractéristique typique de ce syndrome. C’est en interrogeant le patient, voire son entourage, que l’on retrouvera ce symptôme, et volontiers grâce à des anecdotes révélatrices.
C’est la mémoire IMMÉDIATE, c’est-à-dire à très court terme, qui est atteinte de façon répétitive, ce qui handicape lourdement la vie familiale et sociale du patient. En revanche, la mémoire ancienne n’est pas altérée.
Ce trouble frappe aussi bien des adultes que des sujets jeunes, pouvant entraîner ces derniers vers des échecs scolaires. Citons le cas d’un jeune collégien de 13 ans incapable de réciter le lendemain matin une poésie apprise la veille au soir, alors qu’il la savait par coeur.
Certains patients racontent qu’ils oublient le début d’une conversation en cours, et de ce fait se trouvent dans l’incapacité de participer et comprendre la discussion avec leurs interlocuteurs. Cette constatation les déstabilise et les contraint à fuir, à s’isoler, créant ainsi des comportements préjudiciables à leur qualité de vie en famille, au travail et en société. Ils sont capables d’oublier le nom de leurs voisins, quand ce n’est pas le prénom de leur enfant. Ainsi, une maman dont le prénom de son fils, absent la journée, était sorti momentanément de sa mémoire et,
va l'appeler au retour de l’enfant, par le nom du chien qui, lui, est resté près d’elle tout l’après-midi.
2) Pouvoir de concentration – Attention
De façon répétitive, le sujet a perdu sa capacité d’attention et de concentration nécessaire à la bonne marche de la vie quotidienne. Il se disperse en permanence, au point de ne plus pouvoir accomplir correctement son travail. Il n’est plus capable de terminer une tâche entamée. Être attentif devient pour lui un effort très difficile à soutenir, et il finit par « démissionner » et perdre courage sans comprendre ce qui lui arrive.
La conversation est très perturbée, car rapidement, par son manque d’attention et de mémoire immédiate, le patient ne sait plus ce que son interlocuteur vient juste de lui dire. Il décroche, s’excuse, puis il s’en va et finit par fuir les gens.
La lecture devient impossible, car le patient oublie ce qu’il vient de lire. Il n’arrive plus à se concentrer pour mémoriser, et recommence sans cesse la lecture des mêmes pages sans jamais arriver à les comprendre.
Par exemple, une femme tricoteuse accomplie n’arrivait plus à compter ses mailles et a dû abandonner son ouvrage. De même une bachelière victime d’un accident de ski, apparemment banal à Pâques, ne peut plus préparer son examen par trouble de mémoire et de concentration, malgré un travail acharné. Finalement, après le traitement mécanique, elle a pu réviser avec efficacité et réussir son examen sans problème particulier.
Autre exemple encore : une conductrice mère de famille, de surcroît médecin, avait du mal à fixer son attention sur les panneaux de signalisation pour venir jusqu’à mon cabinet, et avait besoin de l’aide de ses enfants (12/13 ans) pour la guider sur la route et ne pas rater les panneaux directionnels présents sur son trajet de Strasbourg à mon cabinet à Epinal (140 km).
Imaginez ces troubles cognitifs chez un chef d’entreprise ayant beaucoup de personnes sous ses ordres et ne se souvenant plus de ce qu’il doit faire ou demander de faire : cela serait catastrophique pour la bonne marche de l’entreprise.
Au quotidien, ces troubles cognitifs fortement perturbés deviennent pénibles pour la personne et son entourage, au point d’entamer sa qualité de vie ; ce qui, au final, peut contribuer à créer des idées noires, voire suicidaires.
Toutes ces personnes souffrant de troubles de la mémoire et de l’attention ont retrouvé une vie tout à fait normale après le traitement manuel spécifique. Celui-ci a fait disparaître totalement les symptômes (réversibilité de ces signes invalidants).
AUTRES SYMPTÔMES PRÉSENTS DANS LES FORMES SÉVÈRES
En cas de formes sévères, d’autres troubles peuvent exister. Ils portent sur :
- la déglutition,
- la parole et/ou l’élocution,
- l’asthénie psychique avec idéation lente
1) Troubles de la déglutition
Dans certains cas, on est confronté à des signes plutôt éloignés de la rhumatologie, comme la gêne pour avaler.
On rappellera qu’il y a beaucoup de muscles (environ 40) pour assurer la déglutition, c’est-à-dire le passage du bol alimentaire de la bouche à l’estomac. Il en est de même pour les nombreux nerfs ou plexus assurant la commande motrice de ces muscles.
La fonction de déglutition se fait automatiquement. Mais dans certains SCS, d’allure plus sévère, le sujet doit faire un EFFORT (plus ou moins important suivant la gravité du syndrome) pour pouvoir déglutir correctement ; ce qui peut parfois entraîner un dégoût d’avoir à se nourrir et la perte du plaisir de manger.
Après traitement, ce signe est totalement réversible.
2) Troubles de la parole et de l’élocution
Le patient signale parfois des troubles de la parole et de l’élocution.
Il peut y avoir une accélération anormale du débit des mots, avec répétition ou télescopages de syllabes (pseudo- bégaiement ou bafouillage). On bute ou on inverse les mots rendant les phrases plus ou moins compréhensibles. Exemples : alors que le patient veut dire bateau, les seuls mots sortant de sa bouche sont ba… ba… ba… ; ou au lieu de dire « mettre les chaises sur la table », il dira « mettre la table sur les chaises ».
Plus fréquent et délicat sera le MANQUE DE MOT. Dans une conversation, le patient ne trouve plus le mot juste, et va en dire un autre - le premier venu - qui souvent a une consonance identique pour le début du mot ; mais celui-ci n’a aucun sens dans la phrase (exemple : gâteau/gamin). C’est l’exemple de ce père de famille qui, au lieu de dire : « on va manger le gâteau d’anniversaire », dira : « on va manger le gamin ! ». Ces paroles détournées entraînent l’hilarité de l’entourage, et, petit à petit, finissent par créer, chez le patient, une réelle souffrance et de l’agacement contre lui-même.
3) Idéation lente – Fatigue psychique
Au bout d’un certain temps, le patient, toujours fatigué sans explications, souffre d’une IDÉATION LENTE, c’est-à-dire d’une asthénie psychique. Il a l’impression de vivre et penser au ralenti en permanence. Il se demande « pourquoi mon cerveau ne peut-il plus réfléchir rapidement ? Il fonctionne lentement avec des trous de mémoire… ». Le sujet n’a envie de rien, le repos est sans effet. Il ne se sent capable de rien et a besoin de calme.
Il s’éloigne de tout (travail, personnes, loisirs) et se renferme sur lui-même.
Cet état chronique « d’idéation lente ou asthénie psychique » l’attriste et l’énerve. Cette impression de ralentissement, de vivre en décalage permanent avec la réalité, conduit à entamer la qualité de vie du patient.
Selon son profil psychologique ou sa personnalité, on obtient des réactions qui diffèrent d’un sujet à l’autre (réponse hyper ou hypo, c’est-à-dire agressivité ou apathie). Cet état sera à comparer avant et après l’accident.
Soit le sujet n’accepte pas son état et devient AGRESSIF, ce qui peut générer des conflits familiaux ou professionnels : il n’a envie de rien, tout l’énerve, et l’entourage tolère mal cette situation.
Soit le sujet se laisse aller et vit au ralenti (APATHIE), au point qu’on le prend pour un dépressif… mais ici les antidépresseurs sont sans effet, car il ne s’agit pas d’une dépression, mais d’un dérèglement mécanique réversible !
Dans un cas comme dans l’autre, le patient recherche du calme, se replie sur lui-même, et vit dans un épuisement permanent. Ces états, mal acceptés par le patient, le conjoint, l’entourage, le milieu professionnel, et mal compris par le corps médical, ont pu conduire à des situations dramatiques telles que divorce, licenciement, quand ce ne sont pas des pensées suicidaires, voire le suicide lui-même !
Exemple : une agricultrice de ma connaissance, très courageuse et bien équilibrée, tenait à bout de bras avec son époux une grosse exploitation. Elle est victime d’un accident de voiture qu’elle pensait être banal (verglas – fossé). Or du jour au lendemain : grande fatigue, perte d’entrain, elle n’arrivait plus à faire face à ses journées dites « ordinaires ». Les examens complémentaires se sont avérés négatifs, et son médecin lui avait conseillé « de se secouer ». N’ayant aucune explication sur son mal-être profond, ne voyant plus comment faire face à son désarroi, et n’ayant plus la force d’accomplir les tâches quotidiennes, la patiente a décidé de mettre fin à ses jours en se jetant dans un puits. Cette personne avait probablement un SCS méconnu.
Finalement, le désarroi des patients est d’autant plus grand qu’aucun examen complémentaire n’apporte d’explication à la survenue de leur invalidité.
SCORE GLOBAL SUR 12 SYMPTÔMES
Le score clinique mis en place comporte les 12 signes principaux habituellement présents dans le SCS :
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Chaque signe est évalué de 0 à 10. Le total donne un chiffre qui sera divisé par 12 pour obtenir un score de 0 à 10. Ce score, de réalisation rapide, définira l’intensité ou la gravité du syndrome. Il représente en quelque sorte un indice de sévérité.1
Ce score permettra d’évaluer l’effet de chaque séance de manipulation. Une amélioration de chaque signe et du score global est habituellement observée de façon spectaculaire dès le premier soin (réduction du score d’environ 50 %). Cette amélioration s’accentuera avec les 2 soins suivants (3 soins au total). Ce score permettra de confirmer la stabilité de la guérison, et éventuellement de diagnostiquer une rechute.
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Attention ! ce score ne permet pas, à lui seul, de faire le diagnostic de SCS. En effet, ce dernier repose sur la présence associée d’un score pathologique (élément de présomption) et du syndrome déficitaire hémicorporel (élément de certitude). Les deux seront améliorés simultanément par le traitement.
N.B. La terminologie SCS a été crée au CHU de Nancy au début des années 1980, en collaboration avec le Dr François BRIQUEL Neurologue au CHU. La symptômalogie a été établie grâce à l’écoute longue et attentive des patients. L’examen clinique est essentiellement neurologique.
Le Dr Claude Gegout y a ajouté un examen clinique rhumatologique. Surtout, il a découvert et mis au point le traitement manuel spécifique, efficace pour ce syndrôme.
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L’auteur déclare ne pas avoir de lien d’intérêt.
uu Remerciements aux Pr Jean SIBILIA** et Pr Christian BEYAERT*** pour leur analyse et les conseils avisés
concernant ce syndrome important à connaître.
*Dr Claude GEGOUT, Ex Attaché de Rhumatologie au CHU de Nancy-Brabois
Ex Assistant de Physiologie à la Faculté de Nancy
**Pr de Rhumatologie, Service de rhumatologie, Hôpital de Hautepierre, CHU de Strasbourg
***Pr de Physiologie, Institut Régional de Réadaptation de Nancy, UGECAM Nord-Est
RÉFÉRENCES :
1. Baron D, Le Syndrome Cervical Supérieur de Claude Gegout, Réflexions Rhumatologiques, 2021, 231, 34-38. 2. Gegout C, Fournier L, Beyaert C, Le syndrome cervical supérieur, une nouvelle entité clinique, 35e congrès français de rhumatologie, Paris, 11-13 décembre 2022,Revue du rhumatisme, 2022, 89, S1, p. A215. 3. Gegout C, Dysfonctionnement de la charnière cervico-occipitale : 5 tests pour un diagnostic – Le Rhumatologue, 2024, 115, 21-26.




